Le travail artistique de Greg Clément oscille entre le cinéma, l’installation vidéo et la construction collective d’espaces éphémères de transmission de savoirs et d’échanges. Il mène son travail dans une posture pédagogique expérimentale et communautaire inspirée par les mouvements libertaires.

 

Les réflexions autour du cinéma s’inscrivent pour lui dans une proposition contre-culturelle intrinsèquement liée à la musique, sa partition, l’improvisation et l’expérimentation. Dans son travail en cours, L’Estran, Greg sonde les codes narratifs liés au cinéma et questionne son économie pyramidale en proposant une posture de travail plus horizontale, tant envers ses jeunes acteurs que les adultes qui gravitent autour du projet (parents, techniciens, producteurs). Cette volonté de faire communauté ne se borne pas à un dogme politique mais s’inscrit dans une volonté de porter une attention au processus, et de le valoriser dans le film final. La bande-son de son premier film, La Brêle Sauvage était ainsi constituée de performances live de groupe de la scène alternative suisse romande captées dans des lieux autogérés et agencée de concert avec le protagoniste principal.

Que ce soit dans les travaux préparatoires en vue du film L’Estran ou comme forme finale, pour le projet This Endless Summer, ses installations, mêlant photographies fixes, en mouvement et sons constituent des pistes de recherche, des modes de monstration cherchant à s’émanciper du format autoritaire de la salle de cinéma. Elles proposent de repenser la question du montage comme un agencement qui peut dans un cas être figé ou dans l’autre de la responsabilité du spectateur, de son autonomie. La mise en espace de ces projets privilégiant l’obscurité et l’immersion convoque autant des dispositifs théâtraux que musicaux.

Il en va de même avec les constructions collectives auxquelles Greg participe, qui visent à créer des espaces intimistes de respiration, de discussion et réfléchissant tant à leur format, leurs formes que leurs critères sonores et la vue sur l’extérieur qu’il offrent. Il les conçoit comme une fenêtre sur le monde, une retraite connectée avec le monde qui l’entoure. Le bois et son travail artisanal utilisé comme savoir-faire empirique, valeur d’échange, est un facteur récurrent.

Frustré par des expériences dans l’enseignement public et l’animation socio-culturelle la posture pédagogique de Greg vise à l’autonomisation du groupe avec lequel il travaille, la construction d’une pensée critique émancipatrice, qui permet aux participants d’être acteur du projet autant que de leur vie. Cette pensée située – pour reprendre le terme de Donna Harraway – tient compte de l’environnement tant naturel que culturel et vise à augmenter le pouvoir politique de la marge.

A l’instar des sports de glisse qu’il pratique, il ne s’agit pas selon l’artiste de faire fi des mouvements naturels des choses, de lutter contre ses forces, mais de s’insérer en elles, de trouver une place dans leur flux, de considérer leur mouvement.

Les recherches théoriques de Greg l’ont mené au cours du Master TRANS- a se positionner comme artiste de l’entre-deux. Entre la médiation et la pratique artistique autonome, entre la réalisation de film et la recherche de forme communautaires dialogiques, la création en commun et l’action politique et à négocier entre ces fonctions, à glisser de l’une à l’autre, en gardant sa singularité.